
L'Iran a réaffirmé mercredi qu'il ne cherchait pas à se doter de l'arme atomique, alors que ses discussions avec l'AIEA pour dissiper les doutes sur son programme nucléaire ont à nouveau abouti à une impasse qui risque d'accroître les tensions autour de ce dossier controversé.
L'Iran "ne cherche pas à avoir l'arme atomique, dont la possession est inutile, dangereuse et nuisible, et constitue un grand péché d'un point de vue intellectuel et religieux", a déclaré le Guide de la République islamique, l'ayatollah Ali Khamenei, devant des scientifiques nucléaires iraniens réunis à Téhéran.
Le numéro un iranien a en revanche réaffirmé que l'Iran ne renoncerait pas à développer son programme nucléaire en dépit des "pressions, des sanctions et des assassinats" de scientifiques iraniens.
L'accès à l'énergie nucléaire relève de "l'intérêt national de l'Iran", a-t-il souligné en accusant les grandes "puissances dominatrices" de chercher à "arrêter le progrès du peuple iranien".
Cette réaffirmation des positions traditionnelles de l'Iran est intervenue après l'échec mardi d'une mission à Téhéran de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) qui espérait lever les doutes sur les objectifs de l'Iran.
La communauté internationale redoute que le programme nucléaire iranien, condamné depuis 2006 par six résolutions du conseil de sécurité de l'ONU dont quatre assorties de sanctions, n'ait des visées militaires cachées, ce que l'Iran a toujours farouchement démenti.
L'AIEA a toutefois réaffirmé dans son dernier rapport, en novembre, avoir de "sérieuses inquiétudes" sur une "possible dimension militaire" de ce programme, s'attirant les foudres de Téhéran.
Les Occidentaux en ont tiré argument pour renforcer leurs sanctions économiques contre l'Iran, décrétant en janvier un embargo sur son pétrole et sa Banque centrale. Téhéran a répondu en annonçant, en violation des résolutions de l'ONU, un renforcement de ses capacités d'enrichissement d'uranium qui sont au coeur de son conflit avec la communauté internationale.
Le chef de la délégation onusienne, le Belge Herman Nackaerts, a expliqué mercredi, à son retour à Vienne, qu'elle n'avait pas pu accéder au site militaire controversé de Parchin, dans la banlieue de Téhéran, ni "formaliser la suite" des discussions entre l'AIEA et l'Iran.
Dans un communiqué, l'agence a "regretté" l'absence d'un accord sur la poursuite des discussions, tandis que son directeur général, le Japonais Yukiya Amano, a jugé l'attitude iranienne "décevante".
L'AIEA n'a pas donné d'indication sur les suites qu'elle entend donner à cet échec, dont débattra son conseil des gouverneurs le 5 mars prochain.
La France a d'ores et déjà déploré mercredi "une nouvelle occasion manquée pour l'Iran" de montrer sa volonté de coopérer sur la question nucléaire, alors Téhéran et les grandes puissances du groupe 5+1 (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Russie, Chine + Allemagne) tentent de renouer leur dialogue pour trouver une issue diplomatique à la crise née de cette question.
Téhéran a accepté la semaine dernière, après plusieurs mois d'hésitation, une proposition des 5+1 de reprendre des discussions centrées sur son programme nucléaire, tout en prenant soin d'affirmer que ses droits en la matière n'étaient "pas négociables".
Les Occidentaux, méfiants, ont souligné de leur coté que la reprise du dialogue n'avait de sens que si Téhéran était "sérieux" dans sa volonté de parvenir à un règlement.
L'échec de la mission de l'AIEA pourrait également réactiver les menaces de frappes militaires israéliennes contre les sites nucléaires iraniens, que l'Etat hébreu a multiplié ces dernières semaines en estimant que les sanctions contre l'Iran étaient inefficaces.
La Russie a mis en garde mercredi contre le risque d'une attaque israélienne, estimant que "tout scénario militaire contre l'Iran sera catastrophique pour la région et, sans doute, pour le système des relations internationales dans son ensemble".
Dans une allusion à ces menaces, le ministre iranien de la Défense Ahmad Vahidi a affirmé mercredi que l'Iran "ne cherche pas la guerre et n'a jamais déclenché une guerre, mais défendra avec puissance ses intérêts nationaux".
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